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Place de l'actimétrie dans la gestion médicale du sujet âgé fragile

Sources : Pascal COUTURIER, Place de l'actimétrie dans la gestion médicale du sujet âgé fragile, Gérontologie et société 2005/2, n° 113, p. 13-23

Pascal COUTURIER, praticien hospitalier, Docteur de l'université JOSEPH FOURIER, Département de Médecine Gériatrique et Communautaire & Laboratoire Interuniversitaire de Gérontologie Clinique de Grenoble

La prise en charge des personnes âgées fragiles représente un axe important de la prévention secondaire en gériatrie notamment en termes de risques médicaux : chutes, troubles psychiques, isolement et accidentologie. Les familles et les professionnels ne peuvent garantir une présence constante auprès de ces personnes. Le dépistage des situations à risque repose sur l'identification précoce des facteurs dits de « fragilité » dont, notamment, le niveau d'activité motrice. Le concept d'actimétrie permet d'offrir une mesure objective de l'activité motrice en utilisant des capteurs insérés dans l'environnement ou portés par le sujet. Plusieurs situations cliniques de fragilité pourraient justifier l'utilisation de ces dispositifs à domicile ou en institution afin de dépister des variations anormales de l'activité. Le service apporté par ces technologies est de favoriser l'autonomie des personnes fragiles tout en leur assurant sécurité et assistance.

MESURE DE L'ACTIVITÉ OBJECTIVE OU ACTIMÉTRIE

C'est l'étude de l'activité motrice de l'individu dans son environnement. Elle peut se faire par observation directe mais elle reste globale et subjective, par classification comportementale mais il est nécessaire de définir les comportements ou bien encore par l'utilisation d'unités de mesures, par exemple, des capteurs mécaniques enregistrant une énergie physique tels que des podomètres, odomètres, accéléromètres, magnétomètres… Ces différents systèmes peuvent être insérés sur des supports (fauteuils, lits ou matelas), ou insérés judicieusement dans l'environnement (chambre, habitat) ou bien encore portés par le sujet (montre, pendentif, gilet...).

Un certain nombre de dimensions ou de critères sont susceptibles de traduire l'état de fragilité des sujets et sont mesurables par des techniques d'actimétrie. Ainsi, l'évaluation du sommeil ou le cycle veille-sommeil, le niveau d'activité physique, la réalisation des actes de la vie quotidienne, les situations repérées à risques notamment dans des zones stratégiques telles que le lit, la chambre, l'habitat ou l'espace de vie.

Bracelet actimètre appel maladeCe bracelet est équipé d'un bouton d'appel malade mais également de capteurs permettant la mesure automatique de l'activité.

L'actimétrie embarquée permet la mesure de l'activité globale d'un individu dans les actes de la vie quotidienne.
Le système VIVAGO®, par exemple, permet par le port d'une simple montre équipée d'un accéléromètre (Figure 3), d'enregistrer en continu l'activité du sujet permettant ainsi d'étudier le rythme veille-sommeil, de repérer les périodes d'activité ou d'hypoactivité (Latjanen et al., 2003). Le système est doué d'apprentissage, ce qui lui permet de détecter automatiquement des périodes d'hypo ou d'hyperactivité pathologique.

Dans la figure 4 sont représentées deux journées consécutives chez un patient âgé fragile. Il est simple d'observer l'hyperactivité nocturne durant la première nuit suivie de plusieurs épisodes de repos compensateur dans la journée contrairement à la qualité de la deuxième nuit qui s'accompagne au contraire d'une activité diurne plus importante. Dans le cadre de la prévention des risques liés à la perte d'autonomie, le programme ACTIDOM a pour ambition de mesurer l'activité des Personnes âgées fragiles dans leur vie quotidienne. Ce travail associe plusieurs équipes grenobloises dont le LI2G, le CEA-LETI, TIMC-UJF et France Télécom (Couturier et al., 2003). Son objectif est de modéliser l'activité motrice des personnes âgées fragiles dans leur vie quotidienne afin d'identifier précocement la perte d'autonomie induite par une maladie ou la fragilité.

FIGURE 4 - Enregistrement obtenu après deux nuits consécutives chez un même sujet porteur d'un bracelet actimétrique à domicile. La lecture rapide des courbes permet d'identifier les périodes d'hypoactivité et de d'activité sur la période de 24 heures.
Une mauvaise nuit Une mauvaise nuit : siestes diurnes, activité réduite, rythme veille-sommeil anormal.
Une nuit réparatrice Une nuit réparatrice : pas de réveil, sieste réduite, activité diurne continue, rythme structuré.

Plusieurs technologies sont désormais disponibles pour identifier les sujets en situation critique dont la célèbre Téléalarme dont nous savons qu'elle est encore trop peu utilisée et acceptée par les personnes âgées. La canicule de 2003 a mis en évidence les insuffisances d'un dispositif médical et social peu adapté au dépistage des situations à risques, notamment chez les personnes isolées ou fragiles. Le développement de nouvelles technologies permettant une aide rationnelle et discrète dans le prolongement de l'aide humaine pourrait constituer à l'avenir un des axes important de la prévention des risques à domicile. Dans ce contexte, l'évaluation de la personne âgée fragile par actimétrie permet une mesure élémentaire de l'activité qui repose sur la caractérisation de la mobilité spontanée. Il s'agit d'un concept utile pour le diagnostic de l'immobilisation au lit, des troubles de l'équilibre et de la marche, des pathologies neuro-gériatriques notamment. Elle traduit également le niveau de performance physique de l'individu dont nous savons qu'il est fortement corrélé à l'état de santé et au pronostic vital notamment cardio-vasculaire.

Cette mesure rend compte du risque de fragilisation, de perte d'autonomie et de dépendance dans les actes de la vie quotidienne notamment lié aux syndromes gériatriques (immobilisation, régression, désafférentation).

Ainsi, l'actimétrie représente dans un avenir proche, l'examen paraclinique de choix pour l'appréciation quantitative et qualitative de l'activité des sujets âgés. Elle pourrait permettre le monitoring de l'activité des patients âgés fragiles dans leur lieu de vie habituel. Son utilisation en prévention secondaire (sujets à risques) et tertiaire (sujets avec incapacité) pourrait réduire les risques d'accidents, renforcer le maintien à domicile et la qualité de vie des patients et des aidants familiaux.

Télécharger l'étude : cliquer ici

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